j’aime beaucoup ce texte, merci

INVESTIGATIONS MÉMORIELLES EN ARRIERE-PAYS WOLFOKIEN

Plus de 55 ans après La prière d’un petit enfant nègre, parue en 1961, dans le recueil Balles d’Or, de Guy Tirolien (1917-1988), même si elle a pu faire le tour du monde (francophone) au temps des décolonisations africaines a sans doute perdu de son acuité. Les crises sont passées par là ! Les réformes de l’éducation aussi ! Les beaux messieurs de la ville d’autrefois ont été remplacés par les petits enfants nègres qui ne voulaient pas aller à l’école, qui probablement ne savent plus danser le soir, ni marcher les pieds nus. Et paradoxalement les vieux messieurs d’autrefois ce sont eux qui dansent et marchent nus car ils ne sont plus soumis aux lois implacables du marché, et du paraître. Il y a ainsi des moments pour tout ! Les beaux messieurs de la ville ont encore partout à travers le monde de beaux jours devant…

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3 commentaires sur « Prière d’un petit enfant nègre (revisited) »

  1. Seigneur, je suis très fatigué.
    Je suis né fatigué.
    Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
    Et le morne est bien haut qui mène à leur école.

    Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
    Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.

    Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
    Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
    Où glissent les esprits que l’aube vient chasser.
    Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
    Que cuisent les flammes de midi,
    Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,
    Je veux me réveiller
    Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
    Et que l’Usine
    Sur l’océan des cannes
    Comme un bateau ancré
    Vomit dans la campagne son équipage nègre…

    Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
    Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.
    Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
    Pour qu’il devienne pareil
    Aux messieurs de la ville
    Aux messieurs comme il faut.
    Mais moi, je ne veux pas
    Devenir, comme ils disent,
    Un monsieur de la ville,
    Un monsieur comme il faut.

    Je préfère flâner le long des sucreries
    Où sont les sacs repus
    Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.
    Je préfère, vers l’heure où la lune amoureuse
    Parle bas à l’oreille des cocotiers penchés,
    Ecouter ce que dit dans la nuit
    La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
    Les histoires de Zamba et de compère Lapin,
    Et bien d’autres choses encore
    Qui ne sont pas dans les livres.

    Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.
    Pourquoi faut-il de plus apprendre dans des livres
    Qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici ?

    Et puis elle est vraiment trop triste leur école,
    Triste comme
    Ces messieurs de la ville,
    Ces messieurs comme il faut
    Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
    Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
    Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.

    Seigneur, je ne veux plus aller à leur école !

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